Web Documentaire Georges

Georges, une histoire singulière…

Axe Libre vous présente un web documentaire à la fois ambitieux et sensible qui illustre et raconte la vie atypique d’un sans abri à Paris. Ce projet est né d’une amitié entre Thomas Léaud, photographe et Pierre Bessard, réalisateur. À travers ce film, ces deux hommes souhaitent partager l’histoire de Georges mais aussi sensibiliser les internautes aux conditions de survie des SDF via une expérience web singulière.

Nous rencontrons aujourd’hui Thomas Léaud, Photographe et coréalisateur du web documentaire « Georges ».

AL : Notre première question est simple, peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel photographe es-tu ?

Thomas : D’abord un autodidacte. D‘abord passionné par l’image, j’ai décidé de me professionnaliser et de faire de la photo mon métier. Je travaille avec des entreprises et des ONG. Je fais du portrait, du studio, de la mode, du reportage pour des industries, en France et à l’international. Je n’ai jamais pu me résoudre à travailler uniquement dans un domaine précis. J’aime le changement, la difficulté d’aborder un thème nouveau, et dès que possible, travailler sur des sujets qui ont un sens ou qui nécessitent un engagement. C’est comme ça que je me suis aussi rapproché d’ONG dont les vocations sont de protéger les droits des populations autochtones dans le monde et la biodiversité. J’ai donc décidé de voyager en Afrique, Asie, Amérique du Sud et Pacifique, à la rencontre de populations isolées et de la biodiversité pour réaliser une série de photos sur ces thèmes qui me sont chers. Puis je me suis naturellement intéressé aux sans domiciles fixes des rues parisiennes, sur lesquels j’ai débuté un travail qui a abouti à quelques expositions.

AL : Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Pierre Bessard, coréalisateur ?

Thomas : Pierre et moi nous sommes rencontrés d’abord sur un forum internet dédié à une émission de TF1 dont l’objectif était d’immerger des familles françaises dans des « tribus » aux quatre coins de monde. C’était une sorte de télé-réalité ridicule qui visait à amuser des spectateurs sur le ridicule des familles participant à l’émission. Les populations autochtones étaient dépeintes comme des groupes de « bons sauvages ». L’émission étaient dégradante pour eux et ignorait totalement les menaces qui pèsent lourdement sur ces populations et leurs modes de vie. Sur ce forum très fréquenté, nous étions deux à nous en offusquer et à avoir de grandes discussions avec les réalisateurs de cette émission (et même les familles concernées parfois). On s’est donc vite rendu compte que nos valeurs avaient de grands point communs. Pierre étant sur Paris, on s’est rencontrés.

AL : Aujourd’hui nous souhaitons plus particulièrement discuter avec toi du Film intitulé Georges, quelle est l’essence de ce projet que Pierre Bessard et toi-même avez-vous entrepris ?

Thomas : Lors d’un de mes reportages photos sur les SDF parisiens, par hasard, j’ai rencontré Georges. Un homme qui aujourd’hui a 72 ans, avec un visage qu’on n’oublie pas. Il était sur un bout de trottoir et faisait la manche. J’ai discuté avec lui et il m’a raconté sa vie passée qui m’a parue sur le moment trop « riche »  pour être autre chose que le fruit d’une imagination d’un homme depuis trop longtemps à la rue. J’ai tout de même effectué des premières recherches sur Internet. Et je me suis aperçu que son histoire était réelle. Je l’ai photographié, écouté, aidé comme j’ai pu. Mais le reportage photo ne me semblait pas suffisant pour raconter la vie de cet homme. J’ai donc appelé Pierre pour lui parler de cette histoire et nous avons donc décidé de nous lancer dans cette longue et compliquée aventure du documentaire « Georges ».

Crédits photos : Thomas Léaud
Crédits photos : Thomas Léaud

AL : En regardant les premières images de Georges (déjà plus de 4000 vues sur Dailymotion) on découvre un homme généreux et chaleureux, mais aussi un homme victime de la vie… Peux-tu nous parler de Georges, de son histoire…?

Thomas : Georges était restaurateur et antiquaire dans les années 70. Il a eu ou animé de nombreux restaurant très prisés du show bizz de l’époque. Ami de Pierre Bergé, Michou, Régine et de nombreux autres, il a vécu cette époque faste où on ne parlait pas encore de crise. Mais fin des années 80, Georges, qui vivait en couple avec un compositeur, a vu disparaître son ami victime du Sida. Puis lui-même a déclaré la maladie. A cette époque un seul traitement ralentissait très peu l’évolution du virus. Les médecins lui donnaient peu de temps à vivre. Il a donc soldé ces restaurants et s’est laissé vivre, ou plutôt mourir. Mais la trithérapie est arrivée est Georges a survécu. De longues années se sont passées entre temps et Georges n’avait plus de restaurant, et plus d’argent. Ces anciens « amis » l’ont cru mort ou l’ont « oublié ». Il s’est retrouvé affaibli psychologiquement et à la rue, conscient que ces « étoiles » qui l’ont accompagné durant sa vie de restaurateur, n’étaient que des illusions. Depuis, il est sans domicile fixe, et passe due la rue aux centres d’hébergements d’urgence ou hôpitaux.   Son histoire continue, car nous lui avons fais retrouver de veilles connaissances. Michou a même accepté de déjeuner avec lui et nous.

AL : Est-ce votre rencontre avec Georges qui vous a donné l’envie, le besoin de réaliser ce film ?

Thomas : C’est arrivé comme une évidence. Une vie hors norme qui conduit à une situation de précarité extrême mérite qu’on se penche sur la question. La question n’est pas de traiter dans ce documentaire, le problème lié à la précarité et aux SDF d’une façon générale mais bien de raconter la vie de cet homme. Chaque cas est un cas à part… Mais Georges illustre à lui seul, beaucoup de choses. En rentrant dans son passé, nous avons découvert des choses qui nous étaient totalement inconnues sur cette époque… Mais en rentrant dans son présent, nous avons subi des émotions très fortes, avons été à la fois confiants, attristés, révoltés. Nous avons partagé ces émotions avec cet homme sans chercher à le rendre meilleur ou moins bon qu’il ne l’est. Il fallait qu’on exprime tout çà, qu’on cherche à l’aider également et que son histoire l’aide à survivre dans son présent difficile. Aujourd’hui Georges n’est plus en état de passer une nuit dehors. La documentaire arrive à sa fin, mais une forme d’engagement envers Georges nous lie définitivement à sa vie actuelle.

AL : Quel sentiment souhaitez-vous transmettre à travers ce film ?

Thomas : Il n’est bien entendu pas question de poser une morale sur cette histoire. Mais nous vivons une époque où nombreux sont ceux qui espèrent réussir, s’enrichir sans travailler, juste en existant. L’illusion d’appartenir à un groupe privilégié, loin des besoins essentiels, amène à une fausse croyance d’invulnérabilité. Cette histoire nous démontre que tout peut arriver très vite, que personne n’est à l’abri. Sans vouloir créer une psychose, il nous semble intéressant de montrer que cet homme, comme tant d’autres, regrette de ne pas avoir consolidé sa vie, ses relations. Mais plutôt avoir consacré son existence au faste et à ce qui brille. Nous laisserons chaque spectateur absorber ce qu’il souhaite de cette histoire.

AL : Merci Thomas d’avoir répondu à nos questions, bon courage pour la suite de ce beau projet !

Découvrez le teaser du film Georges :

Pour aller plus loin :

Georges :

http://www.kisskissbankbank.com/georges

https://www.facebook.com/georges.fr?fref=ts

Thomas Léaud – Photographe : 

http://www.thomasleaud.com http://www.chromatik.net/fr/accueil.html

Pierre Bessard – Réalisateur : pierbes.com

Crédits photos : Thomas Léaud

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