art fair vue d'ensemble

Le printemps de l’art contemporain à Art Paris Art Fair 2015

Retour sur Art Paris Art Fair, le célèbre salon de l’art contemporain parisien.

 © Chuang Che Composition 1984 acrylique sur toile - Paysage abstrait sur toile -Galerie Sabine Vazieux

© Chuang Che Composition 1984 acrylique sur toile – Paysage abstrait sur toile -Galerie Sabine Vazieu

Si l’ensemble des professionnels du monde de l’art dresse de manière pessimiste le portrait d’un marché français plutôt morose, il semblerait que le printemps parisien vienne faire éclore de nouvelles promesses. L’art contemporain, mis à l’honneur lors de plusieurs foires d’importances, s’avère  être le moteur d’une nouvelle dynamique qui pourrait stimuler le marché, pour voir s’envoler des prix gonflés.

Art Paris Art Fair, ouvre ce bal des noces de printemps. Et c’est un vent d’Asie qui souffle sur sa 17ème édition, consacrée aux arts du Sud-Est asiatique. Le salon s’est tenu sous la nef du Grand Palais du 26 au 29 Mars, enregistrant la présence de plus de 55 700 visiteurs. En 2014, la foire avait proposé un focus sur la Chine, en 2015 voici venu le tour de Singapour, l’occasion de découvrir les traits artistiques d’une région encore trop méconnue en France.

Cette manifestation d’art moderne et contemporain, dirigée par Guillaume Piens depuis 2012, a présenté 144 galeries de 20 pays différents. La moitié des exposants était étrangère : ce choix, s’inscrit incontestablement dans une volonté d’ouverture à la scène artistique internationale et d’attractivité des collectionneurs et professionnels de tous horizons.

N’ayant de cesse de réajuster sa formule, Art Fair 2015 a valorisé de jeunes enseignes, des stands monographiques, créé des solo-shows, et pour la première fois ont été convié à l’événement; le Maroc, la Roumanie, la Turquie et Singapour.

Afin de diversifier ses propositions, et de renouveler l’attrait, une plate-forme vidéo, à l’initiative de Lola Lenzi, commissaire d’exposition et chercheuse spécialiste de la scène Sud-Asiatique, a été installée. Ainsi, quatorze artistes ont été programmées chaque soir grâce à association réussie, avec le club le Silencio. Cette nouveauté semble avoir séduit le public, au vu des visages ébahis découvrant la façade.

L’événement devenu incontournable pour tout mordu d’art contemporain respectable, fédère des artistes nationaux et internationaux émergents ou confirmés. La déambulation dans les allées de la Art Fair est assurément, gage de multiples découvertes, permettant de riches rencontres.

Et puisque, d’après Yves Michaud; « Les œuvres sont indissociables des discours et des paradigmes qui nous les rendent perceptibles« ,  Art Fair, présente l’avantage de garantir des échanges passionnants avec les artistes présents ou les galeristes médiateurs, qui vous rendront friands d’anecdotes de création.

Petit tour de galeries et zoom sur quelques artistes, qui ont retenu notre attention.


 

Nicolas Hugo en solo Show (Paris- NY)

reflet nicolas ren hang
Nicolas Hugo

En octobre 2012, Nicolas Hugo, fait le pari audacieux d’ouvrir sa propre galerie dans son appartement. Suscitant la surprise, tant des professionnels que des visiteurs, il reçoit le spectateur dans ce lieu atypique pour une présentation intimiste et personnelle des artistes exposés. Son projet ambitieux retenti sur Paris, fort de ce succès, il s’installera par la suite dans un nouvel espace au cœur du 6ème arrondissement.

Ce jeune galeriste se démarque de par ses choix d’artistes contemporains aux univers et aux parcours tout aussi singuliers que remarquables. En 2014, il présente l’artiste Ren Hang à la FIAC, et pour cette première participation à Art Paris Art Fair, la galerie confirme ce choix afin d’offrir au photographe, une portée toujours plus retentissante.

  • Ren Hang  ou l’art de la subversion photographique: le nu cru et terriblement poétique!
©Ren Hang- Galerie Nicolas Hugo
©Ren Hang- Galerie Nicolas Hugo

Issue d’une société chinoise traditionnelle, complexe, aux codes rigides, Ren Hang né à Changchun, a pris le parti de photographier le nu sans connotation érotique, illustrant les corps androgynes aux formes pures, dans une ambiance quasi cinématographique. Ce thème encore tabou en Chine, lui vaudra de nombreuses censures, des saisies de ses œuvres aux douanes, il trouvera même le moyen de déjouer les autorités en créant un bouquin avec les Éditions Bessard, à la couverture thermoréactive pour réussir à le faire sortir du pays.

Et pourtant, malgré les obstacles, et l’oppression, sa volonté de mise à nu de cette culture underground demeure, souhaitant s’affranchir de la pression du poids des traditions, des codes intransigeants de la filiation, ses œuvres sont un souffle de liberté pour toute une génération en proie à une quête identitaire bridée, prisonnière du pouvoir et des conventions. Ses œuvres incarnent, un hymne à l’anatomie esthétique et décomplexée qui insuffle du renouveau aux coutumes chinoises encore encrées dans un esprit fermé.

©Ren Hang Solo Show Art Fair 2015 - Galerie Nicolas Hugo
©Ren Hang Solo Show Art Fair 2015 – Galerie Nicolas Hugo

Ren Hang, peut dès lors, être érigé comme un avant-gardiste, pour son risque photographique, pour sa prise de position, pour sa poésie crue de la simple enveloppe des corps immortalisés à travers ses clichés. A 28 ans seulement, sa carrière prend une tournure internationale, et n’en déplaise aux redresseurs de tort, censeurs et pudibonds, le poète onirique des corps aux petites touches de rouge et nature nous a conquis !

Galerie Christopher Gerber dans la catégorie Promesses (Lausanne)

Après Hong-Kong, Paris, New-York, Bâle, l’anglo-suisse Christopher Gerber, choisit d’ouvrir sa galerie, en avril 2013 à Lausanne, berceau culturel du pays. Son engagement auprès de jeunes artistes qu’il promeut, et le choix de l’implantation au sein de cette nouvelle scène romande nourricière et fertile, le distinguent sans conteste.

Spécialisée dans l’art contemporain, la galerie révèle des artistes de talents; des sculpteurs, des peintres, ainsi que des photographes. Grégory Sugnaux, Michel Rampa, Pascal Berthoud, Barbara Cardinale, Daniela Droz y sont exposés.

©Gregory Sugnaux Art Fair 2015- Galerie Christopher Gerber
©Gregory Sugnaux Art Fair 2015- Galerie Christopher Gerber

Cyril Porchet : le pouvoir du hasard entre verre et lumière!

Notre regard s’est arrêté sur le travail de Cyril Porchet, présenté à Art Fair pour la première fois. Exposé dans différentes galeries, salons et musées, et notamment, au Museum für Gestaltung de Zurich ainsi qu’à la Maison européenne de la photographie de Paris, ce jeune photographe, Bachelor en communication visuelle, pose et propose un tout autre regard sur les repères spatiaux-temporels, l’architecture, la forme et le mouvement.

©Cyril Porchet Photogramme - Art Fair 2015 - Galerie Christopher Gerber
©Cyril Porchet Photogramme – Art Fair 2015 – Galerie Christopher Gerber

Des foules silencieuses, au mystère divin des églises baroques, en passant par l’abstraction sous forme de photogrammes, le talentueux lausannois, démontre qu’un artiste, peut avoir plusieurs « styles » photographiques, et que le lien entre eux est également plus subtil qu’il n’y paraît, c’est « une série d’échos qui se répondent« .

Sa démarche créative expérimentale, est guidée par l’intuition première « je crois qu’il existe une vérité dans la forme« . Le mouvement et la couleur guident inlassablement ses choix, pour la réalisation de captures desquelles se dégage une force particulièrement attractive.

C’est le programme de recherche sur le verre  « Heart of Glass » de l’institut du Design de l’ECAL de Lausanne, qui a initialement motivé sa démarche, de laquelle jaillera, sa splendide série.

Il suspend le spectateur dans son intrigue du jeu entre le verre et la lumière, cherchant à déceler leurs reflets, leurs effets. Et voici naitre la réalisation d’une photographie du « hasard », à travers le discernement sensible d’une autre dimension lumineuse.

« De manière consciente, j’ai, au départ, recherché des effets prémédités. Puis j’ai laissé place au hasard, pour me surprendre moi-même, c’est alors qu’arrivent les choses les plus inattendues. »

© Cyril Porchet - ECAL - Art Fair 2015- Galerie Christopher Gerber
© Cyril Porchet – ECAL – Art Fair 2015- Galerie Christopher Gerber

« Étrangement, une tridimensionnalité ressort de cette surface plane, grâce aux effets de transparences, qui suggèrent et recréent un volume. » Cyril Porchet

Ces œuvres tendent à la découverte d’une technique, tout en explorant les bases de la photographie, pour un rendu sublime de l’exposition du verre. On oserait suggérer le parallèle avec les œuvres abstraites, à la sonorité rythmique de Kandinsky, Malevitch, et Klee.

Une projection sans repère vers l’infini et l’imagination, voici le résultat de l’analyse de la diffraction, de ce brillant jeune homme, jouant avec la matière et l’insaisissable lumière capturée.

Galerie Cedric Bacqueville (Lille)

Cédric Bacqueville, est un galeriste, qui voit en l’art; l’école d’une ouverture d’esprit incommensurable, qui voit l’art comme une source de curiosité libre. Partenaire d’artistes de renom, à l’affût de jeunes talents, il ouvrira sa galerie, à Lille en 2010, et participe cette année à Art Fair, pour la première fois dans la catégorie « Galeries Promesses ».

C’est de manière spontanée et dynamique, qu’il nous présente ses artistes, nous plongeant littéralement dans leurs univers, tout en nous racontant avec bagou, l’histoire de ces œuvres. La galerie lilloise a choisi de réunir pour l’événement, trois artistes autour du thème « Absence et Correspondances ».

  • Gautier Deblonde, l’art de la capture d’atmosphère !
© Gautier Deblonde Atelier de Georg Bazelitz - Art Fair 2015 - Galerie Cédric Bacqueville
© Gautier Deblonde Atelier de Georg Bazelitz – Art Fair 2015 – Galerie Cédric Bacqueville

Gautier Deblonde est un photographe, portraitiste, son travail bénéficiant d’une notoriété internationale, est relayé dans la presse du monde entier. Installé à Londres en 1991, c’est en 1999, qu’une série de ses portraits sera publiée à la Tate Gallery. Son reportage photographique, sur le sculpteur Ron Mueck, exposé à la Bienale de Venise lui vaudra le 1er prix « histoire section art » au World Press 2001.

Discrètement, derrière son objectif, il immortalise l’expression des visages d’artistes, ainsi que leurs lieux de création, d’inspiration, d’hésitation, que sont les ateliers. Pendant plus de huit ans, il s’imprégnera de ces espaces, pour nous raconter, à travers ce panoramas indélébile, l’histoire du processus de création, cernant le paysage plastique et mental de l’artiste au travail, nous révélant une part de leur personnalité. Le londonien d’adoption, voyage et rencontre notamment; Bill Viola, Ai Wei Wei, Pina Bausch, Georg Baselitz ou encore Annette Messager.

©Gautier Deblonde - Ateliers d'artistes - Art Fair 2015- Galerie Cédric Bacqueville
©Gautier Deblonde – Ateliers d’artistes – Art Fair 2015- Galerie Cédric Bacqueville

Nous emportant dans leur atmosphère, le rouanais, fige silencieusement ces espaces où l’œuvre prendra vie, où elle sera entreposée, retouchée.

Quoi de plus intime que cet intérieur, révélateur des personnalités, saisit en période de pause, pour faire surgir l’ambiance du lieu insolite. Un témoignage, contemplatif et délicat, s’offre à nous, à travers une série de 150 photographies.

Ce médiateur, entre les artistes et le spectateur, souhaite « faire le portrait de l’artiste sans l’artiste« : mission accomplie, on est transporté dans leurs mondes le temps d’un instant!

  • Raphael Denis : l’indomptable ! Quand l’art se fait critique de son propre système!
©Raphael Denis - Définition du collectionneur- Art Fair 2015- Galerie Cédric Bacqueville
©Raphael Denis – Définition du collectionneur- Art Fair 2015- Galerie Cédric Bacqueville

C’est avec une pointe d’humour, une vivacité d’esprit avérée que l’artiste aux multiples facettes, traite des codes de l’art et de son histoire complexe. Des œuvres spoliées pendant l’occupation, à leur système de marchandisation parfois poussé jusqu’à l’absurde, Raphael Denis nous invite avec ironie, à une réflexion sur les fondements de l’art, à une interrogation sur les politiques culturelles, sur les collections, privées ou d’État. Nous renvoyant avec une justesse infinie, au questionnement intriguant et permanent: quels sont les critères d’acceptation d’une œuvre, pour qu’elle soit déterminée en tant que telle?

Pour que l’objet, deviennent une œuvre, il doit répondre à des normes d’usages, à des normes esthétiques, et sociales afin d’enclencher une procédure de reconnaissance et franchir LE monde de l’art. Dans sa série « Listes et commentaires ou Be my Art-collector », présentée à Art Fair, Denis s’amuse de ces conditions, de nos conventions les mieux assises, il en joue, les exprime, les dénonce avec dérision et recul. Faisant preuve d’un cynisme acide, et d’une subversion culottée, ses gouaches sur papier, révèlent la réalité des rapports entre l’artiste et les marchands d’art, tout en pointant du doigt la vanité et les stéréotypes de ce système bien rodé.

©Raphael Denis Le triptyque de la nullité - Galerie Cédric Bacqueville
©Raphael Denis Le triptyque de la nullité – Galerie Cédric Bacqueville

Son autre série intitulée « La loi normale des erreurs », aborde le thème de l’identification, flouée, brouillée, voire même niée des tableaux spoliés en France par le Troisième Reich pendant la Seconde Guerre mondiale. Il illustre le chaos des guerres et leur impact sur l’intégrité de l’objet d’art, grâce à la reconstitution imaginaire d’un stockage de « triste trésor de guerre »; des boites emprisonnant les œuvres, et des panneaux de bois noir. Ces tableaux sont retournés, entreposés, abandonnés, et noircis, il n’y a plus de poésie, de magie artistique, de couleur.  N’apparaissent sur les toiles de Denis, que de simples numéros d’identification, des index inscrits à la mine de plomb. La symbolique est forte, signifiant la valeur réduite de l’œuvre en tant qu’unique marchandise égarée. Subtile critique de ces périodes de troubles durant lesquelles l’art fût oublié et bafoué.

©Raphael Denis La loi normale des erreurs  - Galerie Cédric Bacqueville
©Raphael Denis La loi normale des erreurs – Galerie Cédric Bacqueville

Et comme il l’exprime lui-même dans l’un de ses tableaux : « A terme Raphael Denis déstabilisera le marché de l’art, voire l’économie mondiale » ; et c’est tout le mal qu’on lui souhaite !

A2Z Art Gallery

Créée en 2009, la Galerie A2Z Art Gallery, soutient de jeunes artistes contemporains internationaux, et en particulier chinois.

Fondée par Ziwei Li et Anthony Phuong, le binôme détonant souhaite mettre en lumière des artistes des quatre coins du monde qui; « développent chacun une écriture particulière, révélant la diversité, la spécificité et la richesse d’une société mondialisée. »

  • Hom Nguyen: le génie instinctif qui décrypte les âmes!
©Hom Nguyen "Bà nói với tôi…" "Grand-mère raconte moi..." - Art Fair 2015 - A2Z Art Gallery
©Hom Nguyen « Bà nói với tôi… » « Grand-mère raconte moi… » – Art Fair 2015 – A2Z Art Gallery

C’est le portrait monumental « Grand-mère raconte moi », de l’artiste anticonformiste autodidacte Hom Nguyen, qui a attiré notre attention. Les portraits, de ce peintre d’origine vietnamienne, mêlent la technique de l’huile sur toile, du fusain et du stylo à la fois, un jeu avec la matière pour un rendu captivant. De loin les contours du visage seraient presque précis, en se rapprochant, en analysant le détail, on décèle la multitude de traits, indice de la finesse du travail, de la vivacité du geste.

Deux aperçus sont possibles et proposés, l’artiste invite, ainsi, le spectateur à un rapprochement avec sa toile, pour se familiariser avec l’expression fascinante qui se dégage de ce visage. Des visages, il ne peint qu’eux, cherchant inlassablement à déceler, à exhaler, ce qui en émane d’humanité et de sentiments. Il souligne, et dessine tant la figure de quelques personnalités emblématiques, telles que; Mick Jagger, Serge Gainsbourg, que celle d’inconnus.

© Nina par Hom Nguyen
© Nina par Hom Nguyen

Certaines de ses peintures, aux traits vifs, spontanés et rageurs alliant des aplats de matières peuvent faire penser aux œuvres de Pollock, comme si émanait de lui une force tranquille et instinctive qui guiderait sa main pour traduire une émotion.

Il démasque et retranscrit avec brio, à l’aide de ses pinceaux et stylos, les sentiments de son sujet représenté, immortalisé face auquel on ne peut que s’ébahir ! Nguyen est le génie de la capture de la complexité des sentiments.


 

L’art contemporain, trop souvent décrié par ceux qui clament qu’il ne signifie rien, qu’il est dénué de sens, n’a effectivement rien de commun, ni en commun avec les « beaux-arts ». Il est un séisme dans l’histoire de l’art,  un bouleversement critique des codes, une remise en question permanente des critères esthétiques et sociaux établis.  Repoussant, toujours plus loin les limites normatives de la contemplation, il surprend et dérange. Mais heureusement que des salons tels qu’ Art Fair lui sont consacrés, un autre pas vers la reconnaissance institutionnelle.

Finalement, Art Paris Art Fair s’avère être une floraison insolite d’échantillons de la beauté artistique contemporaine au langage universel. Et en attendant de s’y croiser l’année prochaine, vous pouvez toujours pousser la porte des galeries !

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