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« Et les fruits passeront la promesse des fleurs » ou l’art de la poésie photographique de Clémence Veilhan

Une bulle de candeur, une robe de tafta, et quelques jeunes femmes. La quête d’une âme d’enfant dans un corps en devenir, photographiée par Clémence Veilhan.

Si Laure Roynette a choisi de collaborer avec Clémence Veilhan, c’est parce qu’elle parvient dans son œuvre « à parler de choses très graves avec une infinie délicatesse« , parce qu’elle est une artiste engagée. Elle apporte une réflexion sur l’existence avec une touche de légèreté. Elle redonne de l’humanité au sujet artistique en tant qu’entité à travers la métamorphose du corps.

Elle, est de ces Artistes, à qui l’on attribuerait un grand A, maitrisant la littérature, ayant fait des études de philosophie, de cinéma. Cette jeune photographe, fût également, l’assistante de Nan Goldin.

Autodidacte incontestablement douée en la matière, son œuvre photographique est aussi surprenante que déroutante. Son travail est emprunt de sensualité, de nostalgie. Et, par ce jeu habile, ambigu et subtile, elle confère à ses photographies le pouvoir de décontenancer, tout en donnant le sourire au spectateur.

Clémence Veilhan vous emmène dans son monde de femme-enfant, elle renvoie chacun à son histoire personnelle, à ses souvenirs. Elle ravive le feu de l’enfance.

Ainsi, le spectateur passe, de la futilité à l’angoisse, de la complexité d’une histoire personnelle contée, aux souvenirs d’instants universels. Elle nous transporte entre deux univers, celui de l’enfance, celui de la femme encore en devenir.

« Je raconte une histoire ; le passage de l’enfance au monde adulte- celle d’un trouble, d’une enfance perdue, d’un commencement impossible. Au départ, quelques figures adultes desaxées. Le récit d’un corps en perpétuel mouvement, instable, bouleversé. Ce corps est le lieu de tous les possibles, d’un avenir, d’une promesse. » Confie Clémence Veilhan

La photographie apparaît alors, ici, plus que jamais, comme un médium idéal pour conserver des traces de vie, d’une étape à l’autre. On fige l’instant présent. « La vie au bout du compte est une mauvaise photographie » comme l’écrivait Louis Aragon.

Son travail peut faire penser à celui de Lewis Carroll, de Sophie Calle pour les thématiques de la féminité, de l’autobiographie, du questionnement personnel et générationnel. Ici, l’Artiste, cherche à faire écho à l’oeuvre littéraire de Pessoa, l’Intranquillité. Pour cette exposition Héléne Frappat lui a dédié un texte sur la passé, le présent.

Sont présentées trois séries de photographies:

24 images dans la vie d’une femme : dans cette série d’autoportraits, elle partage avec le spectateur les aléas d’une vie, et ces moments qui l’ont transformé. Son crédo ? Un seul « plan-film » par photographie.

Photographies saisissantes, reflets de l’insouciance percutée de plein fouet. Replay sur la passé d’une adolescente ; le premier baiser, la première boom, la perte de la virginité.

Photographie argentique extraite de la série "24 images dans la vie d'une femme".  © Clémence Veilhan - Courtesy Laure Roynette
Photographie argentique extraite de la série « 24 images dans la vie d’une femme ».
© Clémence Veilhan – Courtesy Laure Roynette

Je n’ai jamais été une petite fille : enfant, lors d’un Noel, sa mère lui avait offert une robe en tafta verte. Clémence Veilhan propose à 38 femmes de venir enfiler sa robe, leur confiant ainsi, une part précieuse d’elle-même. Quelles postures d’enfance vont-elles adopter ? Que cela va-t-il éveiller en elles comme sensations ?

Céline,  Photographie argentique extraite de la série "Je n'ai jamais été une petite fille". © Clémence Veilhan - Courtesy Laure Roynette
Céline,
Photographie argentique extraite de la série « Je n’ai jamais été une petite fille ».
© Clémence Veilhan – Courtesy Laure Roynette

Chewing-Girls : Série de photographies, 35 mm argentique, sur papier de ton chaud, passé, type photo-mate. L’Artiste a fait appel à 50 jeunes femmes volontaires, aucun critère esthétique commandé; le simple hasard.

Elles ont posé nues, à la lumière naturelle, dans l’appartement de Clémence Veilhan. Volonté d’authenticité face à une société en proie aux clichés, érrigés par des codes qui façonnent des stéréotypes uniformisés. Elle répond ici, à sa manière à la quête identitaire d’une génération toute entière, de femmes emprisonnées dans une image de specimens fabriqués de toutes pièces.

D’après Laure Roynette : « Dans un monde de l’art devenu extrêmement conceptuel, on a oublié la place du sujet. Il paraît essentiel de redonner une place au corps dans l’art« . Il ne faut pas opposer corps et esprit mais tenter de comprendre cette dualité.

Comment grandir dans une enveloppe corporelle dans laquelle l’âme est enfermée ? Pourquoi le chewing-gum ? Le goût du bonbon ferait-il rejaillir des bribes d’enfance ? La jeune femme fait renaître avec sa respiration, l’espace d’un bref instant, la bulle dans laquelle son enfance gravite. Jusqu’à ce qu’elle n’éclate;  son univers revit.

Fragilité d’une bulle éphémère. Et pourtant, même si l’enfance est amputée, on ne perd jamais sa part de petite fille cachée intérieurement.

Rebecca,  Photographie argentique extraite de la série "Chewing girls". © Clémence Veilhan - Courtesy Laure Roynette
Rebecca,
Photographie argentique extraite de la série « Chewing girls ».
© Clémence Veilhan – Courtesy Laure Roynette

L’œuvre peut être abordée par différents niveaux de lecture. Virtuosité et richesse du travail de cette Artiste, qui réside dans la profondeur des thèmes abordés, et qui nous prouve qu’on peut traiter du beau, du sensuel tout en affirmant une prise de position.

On sourit, on frisonne, on se souvient… Car cette histoire on peut parfois se l’approprier, il y a une forme d’universalisme dans ce récit photographique.

Alors que reste-t-il de l’enfance, du passé dans ce corps transformé ? Et qu’advient-il de l’âme candide ? L’artiste parviendra-t-elle à vous transporter dans vos souvenirs d’enfants ? A vous d’aller découvrir les réponses à la Galerie de Laure Roynette.

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