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INFILTRATION DANS LE MONDE DE L’URBEX

Abréviation de Urban Exploration, l’Urbex consiste à visiter des lieux abandonnés, interdits, cachés, ou du moins difficiles d’accès. En matière de trouvailles, on peut dire que l’urbex ne manque pas de ressources ! Nous avons rencontré Kurtis, un explorateur passionné par cette activité, qui partage aujourd’hui avec nous sa passion, et quelques-uns de ses époustouflants clichés.

 AL : Ton travail est à la croisée du journalisme, du photographe et de l’explorateur. Comment te présentes-tu ?
K : Un simple curieux qui aime dépasser les limites imposées des différents lieux qu’il croise. Non pas parce que c’est illégal, mais plus parce que la curiosité est trop forte ! Après, j’en ramène parfois des souvenirs en photos.

AL : A quand remonte ta première sortie ? Comment es-tu tombé dans l’urbex ?

K : La première remonte à l’enfance, mais je ne m’y suis remis que récemment, il y a peut-être 6 ans maintenant ! Une simple curiosité qui me pousse à enjamber quelques barrières à chaque lieu rencontré ! Aujourd’hui, plus qu’une simple passion, c’est un peu un mode de vie. Néanmoins, c’est en débutant la photo que j’ai eu de plus en plus envie de m’aventurer dans ce type d’endroits.

AL : L’ Urbex est il forcément lié à la photographie ?
K : Non pas du tout. On l’associe clairement à ça aujourd’hui. Pourtant, il y a de nombreuses personnes qui explorent sans prendre de photo (même moi par moment, je ne prends pas mon appareil). Il y a beaucoup de choses à faire selon les envies de chacun. Des groupes explorent juste pour le plaisir de découvrir, d’autres rénovent clandestinement ou construisent de nouveaux lieux à l’intérieur des anciens. Ces exemples ne sont qu’une petite poignée des multiples possibilités dans l’exploration !
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AL : T’es tu déjà trouvé dans une situation dangereuse ? Quels sont selon toi les risques juridiques / physiques liés à la pratique de l’urbex ?
K : A quasiment chaque exploration, je relève au moins une situation dangereuse qui peut me blesser ou me tuer. Il suffit de savoir jusqu’où tu peux aller, ce que tu peux faire et ce qu’il est possible de faire. Si il y a un problème lorsqu’on se pose une de ces questions, mieux vaut éviter de continuer. Les moments les plus dangereux se sont clairement déroulés lors d’escalades urbaines ou de visites de sites industriels. Juridiquement, selon les pays, ça peut passer par la prison ou une grosse amende. En France, tant qu’on ne casse pas et qu’on ne vole pas, ça passe. Physiquement, comme je l’ai précisé avant, on peut très facilement se blesser, et dans certaines situations mettre sa vie en danger. Peu de gens y pensent vraiment, mais ce n’est pas un jeu.
AL : As-tu beaucoup de contacts avec les autorités pendant tes sorties (gardiennages, maîtres chiens, etc…) ? 
K : J’en croise une petite poignée chaque année. Mes deux dernières rencontres, c’était des militaires lors d’une exploration d’une base abandonnée en Russie. Sur les hauteurs, il y avait un satellite actif, du coup, le site était hautement sécurisé ! La dernière, c’était sur un toit à Hong Kong. Le gardien n’a juste pas trop compris ce que je faisais là et n’a pas pu s’exprimer en anglais, je suis donc parti sans soucis.
http://explorationurbaine.com/portfolio-item/nara-dreamland/
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AL : Quel est ton ratio temps passé à la recherche de ces lieux VS temps passé sur le lieu ?
K : Je passe de moins en moins de temps à chercher en réalité ! Avec le temps, des amis me passent des bons plans ou je repère directement sur place. Comme je voyage en ce moment et qu’il y a peu d’informations sur le net dans les pays que je traverse, c’est surtout du hasard ou des rencontres qui m’emmènent découvrir des lieux. Donc on peut dire qu’il y a 20% de recherche pour 80% d’exploration !
AL : Qu’est ce qui t’attire dans l’Urbex ?
K : C’est simplement le fait de découvrir des lieux qui me sont normalement inaccessibles, mais aussi des choses plus brutes. La plupart des musées m’ennuient ! Suivre un chemin, se retrouver devant une zone bloqué alors que tu sais que derrière, il y a un truc super… je déteste ça ! J’aime me balader comme je l’entends et voir les choses comme elles l’étaient vraiment, pas via une mise en scène ou derrière une vitre.
AL : Ton plus beau cliché en Urbex ?
K : C’est hyper subjectif tout ça ! En réalité, je n’aime pas beaucoup mes photos, j’en vois surtout les défauts et ce que je peux faire pour m’améliorer. Je n’ai jamais pris de cours ou suivi de conseils sur internet. J’apprends en autodidacte ou en rencontrant des photographes. Néanmoins, j’aime beaucoup le cliché ci-dessous. La photo n’a rien de spécial, mais j’aime le côté perdu en plein milieu de la ville dans un endroit totalement improbable :
http://explorationurbaine.com/portfolio-item/the-fifth-element/
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AL : Peut-on parler d’une communauté de l’urbex, avec des réseaux, sites de partage, forums ? Est-ce un milieu plutôt friendly ou fermé, masculin ou féminin, y’a t’il un profil type de personne pratiquant cette activité?
K :  Oui, il y a une communauté qui aime se rassembler sous le terme urbex. Après, le principe de la communauté, c’est le partage. Dans le cas de l’urbex, ce n’est pas vraiment ce dont il est question. Protection des lieux pour certains, conservation de l’exclusivité des clichés pour d’autres expliquent que les lieux se partagent seulement entre groupes d’amis. Donc communauté oui, mais pas vraiment axée sur le partage. Ce n’est ni un monde fermé ni un milieu ouvert, je pense que chaque passionné de l’urbex a sa propre vision de la communauté et du partage. Après, il n’y a pas de profil type, chacun a ses motivations. De même pour le ratio homme/femme. Certes, il y a plus d’hommes en France, mais dans pas mal d’autres pays, j’ai découvert des communautés quasiment mixtes.
AL : Quels sont selon toi les problèmes posés par la croissance de la pratique de l’urbex ? On pense notamment à des lieux comme les catacombes de Paris qui sont devenues une sorte de Disneyland…
K : Un durcissement des lois à venir. Aux USA et en Angleterre, les gens qui pratiquent en ville sont un peu considérés comme des terroristes. Cette considération s’installera-t-elle bientôt en France ? Si oui, ce n’est pas plus mal, car seuls les adeptes les plus discrets et motivés resteront ! Pour les catacombes, c’est un peu différent. On est face à une spécificité culturelle. Les catacombes font partie de la culture parisienne et, bon nombre de parisiens ou gens de passage y sont allés. Peu y descendent vraiment régulièrement et pour longtemps. C’est un cas à part !
AL : Comment vois tu (ou aimerais tu voir)  la pratique de l’urbex évoluer demain ?
K : La génération actuelle a de la chance. Plus on avance, plus les vieux bâtiments sont rasés. Les nouveaux bâtiments, eux, n’ont pas forcément le même charme que les anciens. Dans plusieurs années, je pense qu’il sera vraiment difficile de trouver des lieux avec une architecture ancienne intéressante. Nous sommes vraiment dans une belle époque pour ça ! Je pense particulièrement aux vieux sites industriels qui sont absolument fantastiques en terme d’architecture et ont été pensés pour démontrer la richesse du propriétaire (escalier en marbre, tuyauterie dorés….). Peut-être la communauté se tournera-t-elle plus vers la toiturophilie ou l’exploration de souterrains ? En tout cas, rien ne sera pareil dans cinquante ans !
AL : Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions et de partager ces quelques clichés avec nos lecteurs.
http://explorationurbaine.com/portfolio-item/dance-with-the-roof/
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Retrouvez Kurtis et les clichés de ses dernières explorations ici : http://explorationurbaine.com/

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